Les trésors d’Angkor

L’avenir appartient à ceux qui se lèvent tôt, nos familles nous l’ont souvent répété. Pour autant, nous faisions fi de leur conseil et continuions à être de la catégorie des couche-tard. À Angkor, ce fameux dicton a enfin pris sens pour nous. Car s’il est une chose que nous avons très vite intégrée, c’est que les temples d’Angkor appartiennent à ceux qui se lèvent tôt. Très tôt.

Aujourd’hui souvent considérée comme la huitième merveille du monde, la cité archéologique d’Angkor est un des sites les plus visités d’Asie du Sud-Est. Entre le IXe et le XVsiècle, elle fut la capitale de l’Empire khmer, comptant à son apogée plus d’un million d’habitants, et connut au cours de cette période une avalanche de constructions toutes plus majestueuses les unes que les autres (chaque souverain commandant un temple plus beau et plus imposant).

Pour l’explorer, deux circuits sont communément proposés : le petit circuit (qui comprend les temples majeurs, à savoir Angkor Vat, le Bayon, le Preah Khan et le Ta Prohm) ou le grand circuit (qui inclut des temples mineurs mais non moins intéressants). À notre arrivée à Siem Reap, nous sommes immédiatement pris pour cible des chauffeurs de tuk-tuk. Chacun cherche à nous vendre un circuit à la journée. Mais nous rêvons secrètement de jouer les explorateurs, de ressentir le vertige et l’éblouissement qu’a pu éprouver Henri Mouhot, le Français qui a redécouvert Angkor en 1860.

Le premier jour, l’effet est complètement raté. Le temps d’enfourcher nos vélos, de parcourir les 6 km qui nous séparent du site, d’obtenir nos pass personnalisés (certes en un temps record), nous arrivons bien trop tard. Il doit être 9h… Nous profitons néanmoins du Banteay Kdei, faisant face au grand bassin du Sra Srang autrefois réservé aux ablutions du roi et de ses épouses…

Le Ta Prohm

Lorsque nous approchons du Ta Prohm, rendu célèbre sur nos écrans avec Tomb Raider ou Indiana Jones, les mini-vans et les tuk-tuk ont déjà pris possession de l’entrée. Nous avions beau avoir lu de nombreux blogs avec conseils et astuces pour éviter la foule, nous y sommes en plein. Nous avons largement sous-estimé les distances sur la carte ! Nous parvenons malgré tout à nous faufiler entre deux groupes et partons escortés par des dizaines de Chinois hystériques à la découverte de ce temple où la jungle a repris ses droits. De grands arbres (des fromagers) ont faufilé leurs racines entre les blocs de pierre et se sont accaparés des pans de murs entiers, bousculant les constructions de l’homme pour s’élancer vers le ciel. De la mousse recouvre les tours et galeries, donnant une teinte verdâtre à l’ensemble. De petits buissons surgissent du haut des porches. Si l’on fait abstraction des flashes, c’est bien le bruit des oiseaux et de la nature qui prédomine en ce lieu. Curieux effet que cette composition mêlant l’aspect sauvage de la jungle foisonnante au génie créatif des vestiges khmers. Entre alliance et résistance.

Le Prè Rup

Cette première journée d’exploration s’achève quelques kilomètres plus loin avec le Prè Rup, temple-montagne dont nous gravissons les marches pour atteindre la terrasse supérieure et quasi y attraper une insolation ! Prudents et dégoulinants (le thermomètre indique 37°C à cette heure là), nous préférons prendre la route retour vers Siem Reap plutôt que d’envisager le grand tour, et nous arrêtons aux bords des douves d’Angkor Vat pour une pause déjeuner bien méritée que nous partageons avec les Cambodgiens venus eux-aussi manger là avant de reprendre le travail.

Le Bayon

Plus fainéants le deuxième jour, nous nous levons très tôt mais partons cette fois-ci en tuk-tuk (négocié 12$ la journée). Nous insistons pour ne pas suivre le parcours habituel et commençons par le temple le plus symbolique d’Angkor Thom, le Bayon. Lorsque nous y arrivons, le jour est à peine naissant. Un immense amas de pierres nous fait face. À croire qu’il n’y a là rien de véritablement construit… Pourtant, plus nous progressons dans le temple encore désert à cette heure, plus l’agencement de ces gros blocs de pierre nous dévoile une architecture originale finement pensée. Au-dessus de couloirs voûtés et d’étroits escaliers, s’élèvent 54 tours (représentant les 54 provinces du royaume) ornées de 216 visages identiques de la divinité bouddhique Avalokiteshvara, dont la ressemblance avec le roi qui a ordonné la construction du temple est étrangement suspecte…

Le jour est encore clair. Le soleil se lève en illuminant progressivement de ses reflets l’un puis l’autre de ces visages au sourire impassible. Tous nous observent d’en haut. Leurs regards nous hypnotise. Nous nous sentons à la fois épiés et enveloppés d’une profonde sérénité. Nous prolongeons ce moment à son maximum et ressortons à ce point impressionnés que nous sommes incapables de retrouver notre chauffeur ! (Le coquin s’est changé entre-temps et roulé en boule au fond de son carrosse pour piquer un somme.)

Le Baphuon

Nous continuons la visite quelques mètres plus loin avec le Baphuon auquel la tenue d’Amélie, épaules dénudées, ne permettra pas d’accéder. Puis le palais royal, la terrasse des éléphants et la terrasse du roi lépreux.

Le Preah Kahn

Nous poursuivons en quittant Angkor Thom au nord pour atteindre le Preah Khan et son dédale de corridors, avant de rejoindre Angkor Vat à l’heure du déjeuner (c’est, paraît-il, un des moments les plus calmes de la journée pour le visiter). La chaleur de la mi-journée et le monde nous sape un brin cette première approche. Qu’importe, nous y revenons le lendemain pour le lever du jour.

Angkor Vat

La magie d’Angkor Vat se réveille alors doucement. Reconnu comme l’un des édifices religieux les plus grands du monde, il faut bien prendre son temps pour en comprendre l’architecture globale, en explorer les moindres recoins, en apprécier l’extrême précision des bas-reliefs. L’apogée de la civilisation khmère est ici concentrée, symbolisée, à tel point que le temple est devenu l’emblème du Cambodge. Il figure partout, que ce soit sur le drapeau national ou les bouteilles de bière ! Il incarne la richesse du passé et la force du renouveau.

Il existe mille et une manières de visiter Angkor. À vélo, à moto ou en tuk-tuk. En suivant le circuit ou à contre-sens. En une, deux ou trois journées. Mais c’est définitivement au petit matin que se révèlent les multiples trésors d’Angkor et que résonne la puissance de l’Empire khmer.

Informations pratiques

Informations pratiques

TRANSPORT

Tuk-tuk à la journée : autour de 15 $ (à négocier)
Location de vélo : 2 $/jour
Location de scooter : 5-7$/jour

ENTREES SUR LE SITE

Pass 1 jour : 20 $/pers
Pass 3 jours (valable sur une semaine) : 40 $/pers