Deux jours sous les chutes d’Iguazu

 

Au moment où il découvrit Iguazu, Winston Churchill, impressionné, déclara avec sa repartie habituelle que ces chutes reléguaient celles de Niagara à un simple « siphon de baignoire »… De fait, Iguazu compte parmi les plus beaux sites naturels au monde. 275 cascades composent cette frontière naturelle entre Argentine et Brésil. Le Paraguay n’est pas bien loin, mais une fois de plus, il sort perdant : aucun accès à l’eau, le pays est cantonné à jouer les duty free à ses frontières pour attirer les visiteurs.

Il existe donc deux voies d’accès pour observer les chutes : du côté brésilien, pour une vue panoramique, et du côté argentin, pour une balade au plus près des chutes. Nous avons suivi le conseil donné dans tous les guides et de nouveau entendu à notre arrivée sur place : commencer par le côté brésilien pour une première approche plus globale de l’ensemble des chutes, et consacrer ensuite une journée complète à l’exploration du côté argentin.

Jour 1 – Au Brésil

 

De Puerto Iguazu, des bus partent toutes les demi-heures en matinée pour l’entrée des chutes côté brésilien. Le passage aux frontières est bien rôdé : chacun descend faire valider la sortie du territoire argentin, puis c’est le copilote du bus, nos passeports en main, qui se charge lui-même d’obtenir le tampon d’entrée au Brésil. En une demi-heure à peine, nous sommes arrivés à destination. Il est encore tôt, apparemment il ne faut guère plus d’une heure ou deux pour parcourir les passerelles d’observation brésiliennes, alors nous profitons du temps que nous avons devant nous pour visiter le parc des oiseaux (Parque das Aves), situé à droite avant l’entrée des chutes, dont on nous a dit le plus grand bien. Nous ne sommes habituellement pas de grands fans des zoos. À tout moment, voir des animaux en cage est susceptible de réveiller la Brigitte Bardot qui sommeille en nous !

Si les premières volières nous semblent exiguës pour certains spécimens (nous sommes particulièrement attristés de voir le fameux perroquet bleu brésilien, celui du film Rio, enfermé dans un espace où il n’a quasi pas la place de voler), les suivantes nous réservent la surprise de pouvoir nous-mêmes y pénétrer, au milieu des oiseaux qui nous survolent comme si de rien. La plus belle volière, et la plus grande, mais aussi la plus bruyante, est celle des perroquets. Réservée pour la fin de la visite, clou du spectacle, c’est un véritable ballet aérien multicolore. Les perroquets ont l’habitude des visiteurs, ils ne sont pas effrayés. L’un d’eux a même essayé de manger les magnifiques chaussures de marche de Julien ! Un petit conseil néanmoins : sortez les capuches !

À la sortie, nous investissons 25 pesos dans des capes de pluie, nous traversons le carrefour et voilà que s’élève devant nous l’imposante entrée des chutes brésiliennes… Comment dire ? C’est la démesure du parc d’attractions. Toute une ligne de caisses nous attendent, mais il faut d’abord zigzaguer entre les interminables poteaux de files d’attente, vides. Puis c’est le bus à impériale qui nous conduit à travers le parc, jusqu’à nous déposer au pied du grand hôtel rose et blanc, tout droit sorti d’un conte de fées à la Walt Disney.

La première vue que nous avons sur les chutes ne laisse aucun doute sur l’idée de frontière naturelle. Nous sommes face à un mur d’eau, dont le grondement sourd nous parvient aux oreilles malgré la distance. Diligemment, nous suivons le chemin des passerelles qui s’enfonce au plus profond du bras brésilien, jusqu’à nous mener au bas de la Garganta del diablo, dont les eaux se déversent, impétueuses, élevant dans les airs un gigantesque nuage de bruine. Nous sommes ridicules avec nos capes de pluie, mais ravis de cet investissement quand nous voulons nous approcher au plus près de ces trombes d’eau en chute libre.

 

Une grosse heure aura suffi pour que nous fassions le tour de ce que les clinquantes infrastructures du côté brésilien ont à offrir. Nous nous attendions à un tel choc que nous sommes un peu déçus, d’autant que le ciel couvert de nuages ne se prêtait pas vraiment à l’émerveillement tant espéré.

Jour 2 – En Argentine

Les bus s’enchaînent toutes les quinze/vingt minutes pour conduire le flot de visiteurs à l’entrée des chutes côté argentin. Là, un plan du site est carrément nécessaire. Entre le paseo superior, le paseo inferior et la Garganta del diablo (cette fois avec une vue en surplomb), il convient d’organiser son parcours. Nous croyant filous, nous voulons commencer directement par la fameuse Garganta del diablo et ainsi éviter les groupes de touristes en parcourant à rebours le tracé habituel. Que nenni ! nous a dit un garde d’origine belge. En allant le matin à la Garganta, vous aurez le soleil dans les yeux, et pour les photos, c’est pas l’idéal. Nous rentrons donc dans le rang des touristes bien disciplinés…

Nous entamons notre visite par le paseo inferior qui, comme son nom l’indique, conduit au plus près des chutes, là où ça mouille. La force des cascades est telle qu’elle soulève un puissant vent de brume. Nous sommes fouettés par les gouttes, et finissons trempés malgré nos ponchos de plastique. Ça jaillit, ça gronde, ça explose. Nous nous sentons infiniment petits au pied de ce déchaînement de la nature. Dommage que le mauvais temps de la veille ait condamné l’accès à la petite île San Martin en contrebas des chutes, l’effet n’en aurait été que multiplié.

 

Pour nous sécher, nous remontons au soleil vers le paseo superior qui longe toute la lignée de cascades. Par chance, les nuages s’éclaircissent aujourd’hui et laissent filtrer quelques rayons de soleil qui se diffractent en de superbes arcs-en-ciel au contact de l’eau. Magique. C’est à croire qu’une bonne étoile veille sur nous. Le beau temps change totalement le décor et amène avec lui une foule de papillons qui virevoltent tout autour de nous.

C’est là, loin des espaces consacrés à la pause déjeuner et envahis par les redoutables coatis (ils mangent tout ce qui traîne et peuvent se montrer agressifs s’ils n’ont rien à se mettre sous la dent), que nous nous installons sur un banc pour déguster nos sandwichs. Aucun coati dans les parages, l’endroit semble sûr. Et pourtant… À peine sortis nos emballage en plastique, une nuée d’oiseaux bleus nous encerclent. Hitchcock n’est pas loin. Ni une, ni deux, nous engouffrons notre précieux déjeuner et poursuivons notre chemin.

Comme tout le monde, nous terminons par la Garganta del diablo à l’extrémité nord du parc. Nous sautons dans le train au départ pour nous économiser un peu de marche. Et, finalement, surplomber la gorge s’avère décevant. Tombant à pic du haut de ses 80m, l’eau se répand en une brume épaisse qui obstrue tous les alentours. En plus de se prendre de plein fouet une vague de flotte, nous n’avons trouvé que peu d’intérêt à ce spectacle de la nature, censé être époustouflant.

Alors, pour ne pas rester sur une fausse note, nous refaisons un saut en vitesse avant la fermeture du parc sur le paseo superior pour contempler une dernière fois cette sensationnelle enfilade de cascades. Grandiose.

 

Informations pratiques

Informations pratiques

Ticket de bus Puerto Iguazu – entrée du côté brésilien : 80 pesos/pers A/R.

Ticket de bus Puerto Iguazu – entrée du côté argentin : 130 pesos/pers. A/R.

Capes de pluie : 50 pesos les deux.

Entrée sur le site brésilien : https://www.cataratasdoiguacu.com.br/

Entrée sur le site argentin : 330 pesos/pers.

Tour de bateau sous les chutes : 150 pesos/pers.

Entrée parc des oiseaux Brésil : 36 R$

Conseil hébergement à Puerto Iguazu : l’hostel El Guembe, à 2 min de la gare routière. Bonne auberge de jeunesse avec jardin et piscine. Petit-déjeuner le matin.