El Chaltén, au pied du Fitz Roy 

Après le sort que nous a jeté El Calafate, il nous était difficile de reprendre la route vers le Sud. Alors pour profiter au maximum des trésors de la Patagonie, nous nous sommes arrangés pour retarder notre vol partant d’Ushuaïa et prolonger notre séjour d’une dizaine de jours. Nous remontons vers El Chaltén, dont on nous a tant parlé, au cœur du parc des glaciers.

Fondée en 1985, El Chaltén s’est autoproclamée ville la plus jeune d’Argentine et en quelques années est devenue la capitale nationale du trekking. Elle compte moins de 2 000 habitants, mais des dizaines d’auberges et autant de restaurants. Plusieurs chemins de randonnée partent directement du centre. Les plus courus, le sentier Laguna de los tres qui conduit au pied du Fitz Roy et le sentier Laguna Torre, réputé plus facile. Il est également possible de suivre tout un parcours pour observer les condors, mais nous n’avons malheureusement pas eu le temps de le faire.

Arrivés en fin d’après-midi, nous allons faire nos provisions pour nos journées de marche dans le seul supermarché de la ville, dont le dernier approvisionnement semble remonter à plusieurs semaines… Le lendemain, départ pour le Fitz Roy. 18 km de randonnée, soit 10 heures de marche d’après les estimations des gardes-forestiers. Le soleil se lève à 8h30, nous sommes sur le pont à cette heure-là. En quittant le village, nous pouvons déjà apercevoir les premiers rayons frapper les pointes aiguës du Fitz Roy et les teinter de rose. Nous sommes impatients de nous en approcher. Nous attaquons la marche, confiants. Pourtant, les débuts sont plutôt rudes. 3 km de montée sans interruption. Il nous faudra plus d’une heure et demie pour les parcourir alors qu’il en reste encore 15 après… Come on, comme disent les sportifs !

Assurément, les points de vue que nous atteignons sont de belles motivations pour continuer à avancer et, progresssivement, la vue se dégage sur le Fitz Roy qui pointe ses aiguilles rocheuses derrière les montagnes. Il semble qu’il ait l’habitude de se cacher derrière un lot de nuages, mais une fois encore la chance est avec nous. Et une fois encore, nous sommes sans voix devant le paysage qui s’étale devant nous. Le contraste entre la roche éclairée par le soleil, les arbres rougissants de l’automne et les premières neiges est saisissant. Tout comme le calme qui y règne.

Nous finissons par atteindre en fin de matinée le dernier kilomètre, le point de rupture avant le Fitz Roy. Car, à partir de là, il n’est plus question de chemin praticable ni d’ailleurs vraiment de marche. Désormais, il faut grimper, et grimper dur, entre les pierres. Le parcours est annoncé très instable, il est recommandé d’être vigilant. Plus nous montons, plus il fait froid. L’eau qui ruisselle depuis le sommet rend les pierres glissantes, certaines sont encore gelées. Amélie tombe à plusieurs reprises, commence à désespérer de tant monter, elle est prête à baisser les bras. Mais le sommet se rapproche, il serait dommage de faire demi-tour maintenant…

Les derniers pas sont éprouvants. Puis nous y sommes ! Au pied du Fitz Roy. À la Laguna de los tres. Là-haut, il y a du monde. Chacun est heureux d’être là, fier d’avoir réussi à atteindre le sommet. Il est midi et demie, nous faisons comme tous les autres, sortons notre pique-nique et mangeons face au Fitz Roy. Ce sera l’un de nos déjeuners les plus rapides. Le vent s’est levé, glaçant, et nos corps se sont bien refroidis après notre escalade intensive. Les mains gelées, les joues rougies par le froid, nous engouffrons nos sandwichs en quelques minutes et prenons vite le chemin du retour.

Les panneaux de décompte des kilomètres ponctuent notre trajet retour. Nous attendons de les croiser avec impatience. Finalement, après huit heures de marche, nous apercevons au loin les toits du village. La délivrance est proche. Nous marchons en automate. Nous ne sentons plus nos jambes, plus rien.

Le lendemain, nous partons piano piano vers la Laguna Torre. La fatigue se fait sentir dès les premiers pas. Nous ne battrons pas notre record de la veille. Plutôt que souffrir, nous prenons notre temps et profitons des paysages. Et quand vient l’heure de la pause déjeuner, nous ne rechignons pas à arroser nos jambon-fromage d’un peu de vin argentin !

Dur, dur de reprendre la route dans de telles conditions. Il va sans dire que nous n’atteindrons jamais la Laguna Torre… Vaincus par les vapeurs de l’alcool, nous rebroussons chemin trois kilomètres avant. Le vin rouge et les vingts bornes de la veille auront eu raison de notre courage.

El Chaltén a épuisé nos cuisses, maltraité nos pieds, mais ses paysages méritent largement le sacrifice ! Novices en la matière, nous sommes déjà satisfaits de ces premiers treks, satisfaits d’avoir atteint notre objectif en arrivant jusqu’au Fitz Roy. Comme une mise en bouche pour le parc Torres del Paine qui nous attend.

Informations pratiques

Informations pratiques

Bus El Calafate – El Chaltén : 420 pesos/pers.

Pour 200 km, c’est très cher ! Nous avons tenté le stop pour le retour vers El Calafate,

mais le trafic n’est pas dense entre les deux villes. Il faut être patient… Nous avons craqué au bout d’une heure…